Chili – Novembre 2016

Au Chili, on aime son pays, à grands renforts de drapeaux de la patrie qui flottent dans les bourrasques brûlantes du désert d’Atacama ou dans les rafales glaçantes de Patagonie. Mais comment pourrait-il en être autrement ?

On le respecte parce que sa côte sauvage nous renvoie à un monde perdu et que les vagues formidables qu’elle engendre nous y attirent irrémédiablement, malgré l’eau à 14°. Le surf y devient une communion violente avec la mer, comme aux premiers jours.
On l’affectionne parce qu’il est commun, en certains endroits, de faire son marché en compagnie de lions de mer qui viennent glaner bruyamment les restes de la pêche du jour.
On le chérit aussi parce que parmi les premiers enfants de cette nation, on trouve nombre d’allemands, extirpés avant la grande guerre d’une Europe déjà vieillissante, qui ont laissé une marque indélébile : leurs pâtisseries. Danke !

Et puis on le vénère, pour le barbecue, une religion où le feu sacré sert avant tout à griller un bon chorizo et où les fidèles se massent joyeusement autour de l’âtre. Sentez-vous l’odeur de la braise chaude dans une nuit de printemps ? Elle est divine.

On le fantasme, en toute occasion, pour ses chemins qui conduisent à des bains chauds, ses vallées à la lune et ses sentiers à des arbres de mille ans, ancêtres vénérables qui nous rappellent à nos devoirs.
On l’exhibe fièrement au travers des peintures murales qui sont la norme et dont les auteurs sont des demi-dieux. Mais on le rudoie aussi, gentiment, lorsqu’on ne prononce pas les s, donnant naissance à une langue hirsute mais pourtant si attachante.

On le cajole pour la chaleur des églises de Chiloé, habillées de bois comme pour signifier aux marins qu’on y vogue vers le salut éternel aussi sûrement que leurs bateaux.
Evidemment, on l’aime d’un amour vache, quand on se rappelle le gâchis de la guerre civile, de la dictature et l’horreur des charniers, qui vomissent aujourd’hui encore les restes des sacrifiés.
Finalement, on le désire comme on désire le Sud, cet ailleurs vert et gris dont la simple évocation embrase le regard du quidam. C’est cet ailleurs, la Patagonie, à la recherche duquel nous partons. La Croix du Sud en est l’emblème, la folie des vents sa litanie. Jamais un point cardinal ne nous a paru porter autant de promesses.

Allons-y donc, sa fièvre nous transporte.

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Une réflexion au sujet de « Chili – Novembre 2016 »

  1. Magnifique récit qui retrace la réalité de ce pays si contrasté. On découvre et l’envie d’y revenir ne se fait pas attendre………….

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