Patagonie – Novembre Décembre 2016

La Patagonie est un pays, un territoire.
Ici, le vent dit : « l’Etat, c’est moi ». Que personne ne s’avise de s’y opposer, le combat est perdu d’avance.

Son espace aérien est une fresque qui orne la terre et la protège. Elle est mouvante, charriant une cohorte de nuages, roulants, tonnants. Les nuances de gris y sont légions.

Les pères fondateurs, emmenés par Magellan se sont éteints depuis longtemps.
Puis, nombre d’européens aventureux se sont déversés sur cette terre, une fois les vannes du détroit ouvertes. Non sans drames, non sans morts, non sans cauchemars.Et aujourd’hui, chacun de leurs descendants se dit patagon. Pas chilien, pas argentin. Patagon.

Mais qui se souvient des Hommes, ainsi que se nommaient eux-mêmes les indiens natifs de ce bout du monde ? Balayés par le futur, hommes faits animaux, déchus de leur terre par d’autres plus puissants.
Ses voies d’accès sont de terre oui, mais aussi d’eau. L’émotion est grande lorsqu’on emprunte les canaux et les fjords qui rainurent la côte et protègent de l’océan sur-puissant. Sillonner les mêmes eaux noires que les pionniers, voilà un grandiose cadeau.
Du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest, le regard cherche à s’accrocher sur la steppe infinie. Elle est véritablement une mer entourée d’océans. La houle verte et grise ondule lentement, laissant entrevoir des arbres parfois, naufragés survivants ou épaves dans le néant. Et des montagnes se dressent soudain, promesse de terre ferme, de loin en loin.

Malgré tout, au cœur de la steppe, se sont érigées non pas une mais plusieurs capitales :
Ushuaia aux confins, avant-poste de l’Antarctique démesuré,

Punta Arenas la bourgeoise, vivant sur la gloire de son détroit,

Puerto Natales, fière de sa citadelle del Paine; les tours triplées sont là pour durer, peu importe la foule qui se presse fiévreusement à leurs pieds,

El Calafate, village de carton-pâte, bâti de toutes pièces pour le touriste; mais porte d’entrée vers le fabuleux Perito Moreno, glacier bleu vif, craquant, grondant comme pour dire que l’âge de glace n’est pas encore mort,

El Chalten, bourgade en cul-de-sac qui fait la part belle aux sommets mythiques du Cerro Torre et du Fitzroy. Mais qui se souvient des St Exupéry, Guillaumet et autres Mermoz, immenses fous, qui ont inaugurés ici les premiers Vols de nuit ?

Et que dire de la région de Bariloche, où la magnificence des lacs fait oublier la terre d’exil pour le moins dérangeante qu’elle fut, jadis, au lendemain d’une guerre qui laissait l’Europe exsangue ?
En Patagonie, pas de religion d’état. Point de refuge pour l’âme, point de croyances alambiquées. Il faut vivre, c’est tout. Vivre en acceptant sa petitesse. Alors seulement, on devient un géant.
Que reste-t-il de la terre des Hommes ?
C’est la question que nous nous sommes posés en y arrivant. L’Histoire a fait défiler ses pages, violemment, glorieusement. Mais l’histoire n’est qu’un protagoniste parmi les autres. La terre restera souveraine, comme au début, comme à la fin.

Nous reprenons la route, marqués par ce voyage dans le voyage. Nous sommes désormais plus forts, notre confiance est décuplée. Et notre joie de cheminer est égale.

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